L’album à découvrir de la semaine : Bärlin – Bärlin
Posté le 6 septembre 2012
En faisant quelques recherches pré-rédactionnelles, je viens d’apprendre quelque chose de vraiment surprenant sur Bärlin, groupe lillois dont j’aimerais vous faire découvrir ce soir l’album éponyme… Ils ne sont que trois ! Clément Barbier à la clarinette et au chant, Laurent Macaigne à la basse et Simon Thomy à la batterie… Pourtant à l’écoute de l’album, j’étais persuadé qu’ils étaient bien plus que cela. Je crois que Pristina m’a tellement marqué que j’entends le violoncelle de leur invité Johnatan Testard sur chaque morceau… Bon les gars va quand même falloir avouer le nom de celui qui joue de la guitare, je ne suis pas fou, il y en a de temps à autre
Il y a de la guitare, certes, mais si discrète que ça en est surprenant. Alors que la musique de Bärlin pourrait s’inscrire dans un courant post-rock, elle en déjoue tous les codes : guitares fantômes, basse dominante, batterie aux sonorités jazzy, clarinette décomplexée… et bien entendu ce chant profond et déchirant qui enveloppe des compositions inspirées et envoûtantes d’une chape de lyrisme impressionniste qu’on ne voudrait en aucun cas lever.
Tout est finement senti et orchestré dans ce premier album, qui sonne comme une œuvre déjà mûrement réfléchie et digérée, pour être dévoilée à la face du monde. L’orchestration choisie est par ailleurs très originale et donne une profondeur immense à chaque titre. La mise en avant des instruments acoustiques (clarinette, violoncelle, chant très peu traité… et même la batterie et la basse, qui sonnent de façon très acoustique) et la délicatesse des arrangements m’ont tout de suite happé et fait entrer de plein pied dans cet univers sombre et onirique. Et pour qu’un album aussi acoustique soit réussi, il faut une qualité d’enregistrement sans faille et tout ce qui suit derrière (arrangements, mixage, mastering). De ce côté-là, les membres du groupe et leur ingé son ont placé la barre haut, très haut… car chaque titre sonne du feu de dieu ! C’est un vrai délice d’écouter cette musique sur de bonnes enceintes ou un bon casque. Rien que pour cela, il s’agit pour moi d’un album qui pourrait plaire à tout amateur de musique, tous genres confondus. Quand on apprécie la bonne musique, on ne peut que se délecter à l’écoute de ce travail d’orfèvres. Nos artisans du « low rock alternatif, influencé par le no-jazz et le folk (comme ils aiment se décrire) n’auraient vraiment rien gagné à se laisser guider par les « pros » de l’industrie musicale. Non ils sont la preuve par l’exemple que la musique indépendante, loin d’être underground et de qualité moindre, pourrait donner bien des leçons d’art et de bon goût à celles et ceux qui se donnent pour mission de formater la musique.
Pour résumer, ce premier album est un coup de cœur que je n’aurais même pas imaginé pour une musique dont je n’aurais même pas rêvée : du rock teinté de jazz, dark, hypnotique et poignant… une musique qui parle à l’âme, la questionne, danse avec elle et la dépose avec tendresse pour la laisser poursuivre sa quête du bonheur.
Et pour résumer en un titre : Pristina. Même si le reste de l’album est tout aussi excellent, ce morceau est pour moi une raison évidente de faire de Johnatan Testard un membre à part entière de Bärlin. Je profite d’ailleurs de cet aparté pour souligner les qualités individuelles de chaque instrumentiste. Si la clarinette (un de mes instruments préférés) est sublime, la basse a une présence folle (et rarement entendue) et emmène tout sur son passage, tandis que la batterie est à la fois délicate et tribale et j’adore ça ! Vraiment c’est trois-là se sont parfaitement trouvés, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
D’ailleurs, alors même que j’avais par prudence opté pour le téléchargement de l’album (l’écoute en qualité FLAC vaut bien les 5 € demandés), à une époque révolue où seuls trois titres étaient en écoute sur la page Bandcamp de l’album, je m’en vais de ce pas commander un CD (voire p’t'être même 2, histoire d’offrir !)… et je vous conseille d’en faire de même avant qu’il n’en reste plus un seul !
Je te conseille d’aller écouter Diallèle, un groupe de Poitiers. Formation similaire, à l’exception près qu’il n’y a pas de chanteur ni de bassiste, mais un guitariste jouant constamment avec un octaver. Dans la plupart des morceaux, c’est d’ailleurs le guitariste qui joue à la fois le rôle de base rythmique et de « ligne de basse ». Le batteur s’amuse en tournant autour, et le clarinetiste-saxophoniste envoûte complètement à partir de phrases aux sonorités multiples. Pour comparer à Bärlin, je dirais : moins lyrique, plus jazzé.
Mon coup de coeur des deux dernières années.
On peut les trouver ici ( http://fr.myspace.com/diallelequartet ). Leurs CDs sont assez dur à trouver, il faut presque aller à leurs concerts pour en trouver.